mardi 10 juillet 2012

L'arrivée de nos nouveaux Compagnons, extrait de journal

Par la Grâce du Tout Puissant, nous arrivâmes à Marseille un jour pluvieux de novembre. Nous étions transis de froid et de fatigue, mais malgré notre infortune sur les routes de Provence, mes compagnons et moi-même étions sains et sauf. A ce moment de mon voyage, nous n'étions plus qu'une poignée. Sorina, ma vaillante combattante, était la dernière de mes compagnons d'armes. Son robuste bras magnait sa hache d'armes sans pareil, et sans elle nous reposerions sans nul doute dans quelque cul de bas-fosse. Ce brave Nicu, mon écuyer, était le plus éprouvé, mais il avançait vaillamment à mes côtés et fut le premier à nous indiquer notre arrivée sur la côte. Cassian et son protecteur, Falba, nous avaient bien guidé jusque là et méritaient amplement salaire, mais je leur demandais néanmoins de nous conduire jusqu'au fort dominant la cité afin de nous y reposer quelques jours.

Alors que nous patientions dans une des antichambres du vicomte Sebastien de Martigues, nous rencontrâmes un homme étrange, comme il y en a peu, même parmi ceux qui sont mes compagnons désormais à Calebaïs. Érudit et sauvage tout à la fois, un barde des anciennes chansons revenu hanter les rivages de la Mer intérieure, Syndarion. Ce dernier se proposa de nous guider jusqu'à notre destination par voie de mer, afin d'éviter les fléaux des routes de la région, mercenaires désargentés et pillards venus d'au-delà les Pyrénées. Décidant de rester néanmoins quelques jours, j'eus l'immense joie d'effectuer quelques passes d'armes avec le vicomte, qui fut bien moins intéressé par nos discussions théologiques, laissant ça à son frère évêque, que je n'osais entreprendre de telles questions.

Sur le navire il se passa une étrange chose, qui ne trouva pas d'explication. Alors que Cassian s’apprêtait à payer notre traversée, Syndarion s'entretint un moment avec le capitaine, et revint en faisant sauter dans sa senestre quatre livres d'or, un large sourire sur le visage. Je n'eus que peu de temps pour m’appesantir sur l’événement, la mer et le ciel tentant pendant neuf jours et neuf nuits d'abattre les espoirs des miens. Arrivés à Narbonne, une forte odeur de putréfaction nous agressa les narines. Personne ne semblait vouloir nous adresser la parole, nous regardant d'un air suspicieux. Toutes les tavernes étaient fermées. Nous mîmes pied à terre et partîmes plein ouest, abandonnant ce lieu de désolation. Il nous sembla que derrière une combe on faisait brûler de nombreux corps. Était-ce la peste ? Nous suivîmes la route et traversâmes deux hameaux déserts. Seules quelques fermes semblaient encore habitées, mais chaque âme en peine fuyait à notre approche. La région semblait sauvage et les habitations les plus isolées étaient solidement fortifiées.

Sorina nous réveilla à l'aube le lendemain à grands cris. Le campement était attaqué mais à ma grande surprise nos assaillants fuirent en voyant les visages des miens. Abasourdi, je vis que chacun d'entre nous était malade, le visage marqué. Je passais la journée en prière, suppliant notre Seigneur de me libérer de ma malédiction. Mais je fus une nouvelle fois seul, et je dus faire face à mes compagnons qui allaient mourir sans que je n'eu pu rien faire. Nous décidâmes, malgré l'épuisement de certains, de continuer notre route, espérant sans doute trouver quelqu'un ou quelque chose qui pourrait nous sauver. Nous arrivâmes près d'un étang splendide, entouré par des roseaux et de solides petits arbustes qui nous abritèrent du puissant vent que Cassian appelait Cers. J'appris par la suite que la tremuntana soufflait chaque année dans la région, emportant les plus faibles en hiver et rafraîchissant les paysans l'été.

Syndarion me demanda de le porter dans l'étang, afin de mourir près de l'eau qu'il aimait tant. Je ne pus qu'accéder à sa requête, voyant avec stupeur les poissons s'amasser autour de moi, semblant attendre, telle une meute de chiens non loin du loup. Syndarion voulut être immergé, comme le fit jadis Jean-le-Baptiste à notre Sauveur Jésus-Christ. Je ne pus m'empêcher de prier, et espérer de nouveau un miracle. Quand je repris conscience du monde qui m'entourait, je fus surpris de ne plus voir ou entendre nos compagnons. Laissant Syndarion profiter du soleil couchant, je suivis les traces qu'ils avaient laissées et pénétrais dans la forêt. Les arbres me semblèrent bien grands pour la région mais progressant, plié en deux pour ne pas perdre les traces, je n'y prêtais davantage d'attention.

Note de Mélisandre de Merinita: Syndarion me raconta à ma demande ce qui se passa dans l'étang. Sentant la vie l'abandonner, il appela à lui les esprits de l'eau. Une ondine, fantasque fae des eaux, répondit à sa supplique. Elle était suivie par sa cour de créatures aquatiques. Les branches des arbustes et les fleurs ondulaient dans leur direction, malgré l'absence de vent et la chaleur accablante. Elle raconta à Syndarion qu'elle charmait les voyageurs s'arrêtant sur les bords de sa demeure, pour les attirer dans les profondeurs et et rompre sa solitude. Il comprit qu'elle voulait le garder avec elle et tenta de l'hypnotiser. Il apprit ainsi qu'un ancien pouvoir au cœur de la forêt pourrait sans doute le guérir. Elle ne pouvait rien de plus pour lui si ce n'est envoyer un des siens le guider.


Je marchais de longues heures dans la forêt, perdant toute notion du temps et des distances. Alors que j'allais m'abandonner au sommeil pour quelques heures, Syndarion surgit d'un épais fourré. Il essaya de me convaincre que cette forêt labyrinthique et obscure n'était pas maléfique. A partir de cet instant, les bois semblèrent créer une trouée pour nous laisser passer jusqu'à ce que nous parvînmes à un dôme de bois naturel dans lequel des meubles de racines soutenaient nos compagnons malades et épuisés. Je ne pus m'empêcher de me signer et de murmurer une courte prière. Avant que les derniers mots ne franchissent ma bouche, Syndarion et mes compagnons avaient disparu ! Je me mis à prier à voix haute, combattant l'esprit malin qui ne devait avoir manqué de posséder cet endroit. Les arbres se mirent à s'agiter et à s'animer, tordant leurs branches vers mon visage pour m'engloutir. Avant que je ne puisse dégainer ma fidèle épée, j'eus le sensation qu'il s'agissait d'une illusion démoniaque pour dissimuler la pureté de ce lieu béni de Dieu. Par mon aveuglement je m'apprêtais à commettre un grand péché. [Note au MJ: Syndarion hypnotisa Radoslav pour qu'il considère les lieux comme l’œuvre de Dieu.]

Dans la clairière, une femme vêtue d'une belle robe vert pâle au visage clair et noble, discutait avec mes compagnons. Je ressentis une impression de paix et de bien-être quand j’observais son visage empli de douceur et de pureté. Je sus qu'elle avait été touchée par la grâce quand elle apposa ses mains sur mes suivants et mes compagnons, les saluant d'un air majestueux en leur offrant le baiser de paix. Elle se présenta à nous sous le nom de Marlosie. Elle tenta de me convaincre que je me trompais de chemin, que j'étais dans les ténèbres et que d'autres voies menaient à la lumière. Pour me démontrer son pouvoir elle fit un geste de la main, écartant le dôme végétal qui nous entourait, libérant la lumière brûlante du soleil qui réchauffa nos corps fourbus. Elle promit la guérison à mes compagnons si nous nous occupions d'un démon abritant les flots de l'étang où nous étions reposés. Elle souhaita nous faire prendre conscience du danger inhérent aux flots et aux profondeurs où l'homme ne peut vivre, au contraire de la forêt accueillante et aimante.

La suite me paraît encore floue aujourd'hui. Syndarion discuta quelques instants avec Marlosie avant de s'absenter une petite heure avec elle. A leur retour elle soigna mes compagnons de ses mains d'albâtre. Syndarion me convainquit que les lieux étaient désormais dangereux pour nous, et nous reprirent la route, abandonnant cette clairière bénie, et la Dame aux mains thaumaturges. [Note au MJ: Syndarion hypnotisa Marlosie pour qu'elle tombe amoureuse de lui, et c'est après une petite session de jambes en l'air, qu'elle soigne l'équipée.]

Nous croisâmes une troupe d'une soixantaine de pèlerins, que nous informâmes des problèmes de peste dans la région. Ils décidèrent prudemment de ne pas longer la côte, a-priori plus touchée, mais de pénétrer à l'intérieur des terres à nos côtés. Nous passâmes la nuit à la lisière d'un village ; les environs semblaient avoir été touchés par de nombreux incendies. Au petit matin, le curé qui guidait ses ouailles dans leur procession pacifique nous bénît, et nous apprit à demi-mots qu'un légat papal devait venir enquêter sur des disparitions mystérieuses dans la région. D'après les dires d'un de ses proches au diocèse, les malheureux réapparaissaient hagards, les yeux vides de toute intelligence. C'est avec de plus grandes précautions que nous reprîmes la route, et si l'on nous interdît l'accès à Lesinhan de las Corbièras, où l'on nous mît en garde contre un dragon, nous n'eûmes aucune difficulté à traverser de nombreuses terres ravagées, aux champs et forêts calcinés.

Enfin, nous arrivâmes à Carcassonne, cité à nulle autre pareille dans toute l'Occitanie. Son seigneur, le Vicomte Raymond Ier Trencavel, est un des plus puissants nobles de la région. Nous fûmes présentés à l'un de ses premiers vassaux, et je lui présentai mes lettres de recommandation. Sans tarder on nous amena auprès de Gilles de Cominge et de Mirepoix, un jeune homme richement vêtu qui se présenta comme une des oreilles du seigneur des lieux, actuellement en visite à Toulouse. Avant que nous ne pûmes converser plus avant, des hommes d'armes arborant les couleurs du vicomté se jetèrent sur nous, malgré les protestations de Gilles. Syndarion utilisa un des charmes en sa possession pour détourner un des gardes de son devoir et ralentir ses compagnons, tandis que nous nous ruâmes vers l'extérieur afin de quitter les lieux au plus vite. Notre barde détourna l'attention des soldats sur les parapets grâce à son instrument, les plongeant dans un état d'excitation invraisemblable. Je ne sais comment ses tours fonctionnent, mais ils sont redoutables!

Avec diplomatie et force prudence nous parvînmes à quitter la cité, sans l'aide du seigneur de Cominge de Mirepoix, qui nous accompagnait pour tirer au clair ces agissements et s'assurer de notre sécurité, mais choqué, en semblait bien incapable. Moins d'une demi-journée après notre fuite éperdue, une colonne d'une dizaine d'hommes équipés de pied en cap apparut derrière nous et malgré tous nos efforts de discretion nous dûmes y faire face. Sorina et moi-même nous placèrent en première ligne pour absorber la violence du choc tandis que nos compagnons devaient s'attaquer aux montures ou aux combattants désarçonnés. Le combat fut d'une violence effroyable, bien qu'extrêmement court. Nous enterrâmes les soldats tombés au bord de la route, et nous nous éloignâmes d'une courte lieue pour dresser notre campement, désormais richement dotés en montures et en équipement militaire. Malheureusement, au matin, nos prises de guerre avaient disparu, de même que Gilles, qui s'était présenté comme un membre de la Maison Jerbiton. En lieu et place nous découvrîmes une bourse bien dotée, et un mot d'excuse nous invitant à rejoindre un petit village, Lacombe.

Guidée par une paysanne, nous arrivâmes au pied d'une étrange colline, dont les chemins la parcourant semblaient se mouvoir au rythme de notre progression. Après plus d'une journée de balade, particulièrement reposante et agréable, nous fûmes accueillis par Gilles de Jerbiton, tout sourire, nous souhaitant la bienvenue à la Nouvelle-Calebaïs. Mais ceci est un autre chapitre de mes pérégrinations en terres occitanes.

Retour à la Saga...

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